Le retour de Bonemine

Ah ! Ce compte-rendu tout le monde voulait le faire pour une fois ! Pensez-donc, une semaine de ski dans une région où tous les sommets s’appellent “Piz”, c’est trop tentant. Vous avez donc échappé à l’ascension du Piz Menhü et celle du Piz de Travers, sans oublier le célèbre Piz Pâ-Zur-Té Ghodass..eh oui le romanche est une langue fleurie…..

Au lieu de cela, c’est un dossier technique pour “desperate mountain guide wife” que nous livre Joëlle :

Après 7 ans d’abstinence (sic !), le stage de ski de rando (pardon de ski alpinisme, c’est comme ça qu’on dit maintenant paraît-il) a été marqué par le retour de la femme du chef ! Eh oui, l’excuse : « les enfants sont petits, il faut que je m’en occupe », ça commençait à plus le faire…

Mais attention, un tel retour ne se fait pas sans un minimum de garanties et un cahier des charges précis a été mis en place dans le plus grand secret afin que tout se déroule pour le mieux, le voici donc enfin révélé.

Est ce que cela va lui plaire ?

Est ce que cela va lui plaire ?

Point 1 : Le matériel

  • La peau : Tous les dermatos vous le diront : pour randonner l’esprit libre, il faut une peau saine, lisse, avec un poil soyeux et surtout une peau qui colle. Ce point du cahier des charges ayant été respecté, je peux le dire haut et fort, le ski de rando c’est une question de peaux !
En route pour la brèche du Palü

En route pour la brèche du Palü

Il n’y qu’à demander à Patrick ce qu’il en pense, lui qui a du composer durant toute la semaine avec une peau inadaptée au galbe… de ses skis. Trois pas en avant, deux en arrière, on se serait cru à la procession d’Echternach ! Pareil pour les « vieilles peaux » du groupe qui se sont vues obligées d’utiliser les couteaux plus que de raison, eh oui c’est terrible mais quand ta peau vieillit, il n’y a plus que le scalpel….

  • Les skis

Il y a le ski “light” à peine plus lourd qu’un ski de fond, c’est cool, ça permet d’avancer vite, ça épargne les genoux (faudra peut-être y venir Brigitte…) mais bon, si c’est pour arriver les premiers au sommet et se cailler en attendant les autres, c’est un investissement qui peut attendre.

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Mais l’important dans le ski, ce n’est pas que le poids, la longueur compte tout autant et cela pour deux raisons :

1. La conversion : un ski trop long assorti d’un léger manque de souplesse (du genou) ça coince (pas vrai Brigitte ?)

2. Archimède, souvenez-vous : « Tout corps plongé dans un fluide au repos subit une force verticale, dirigée de bas en haut et opposée au poids du volume de fluide déplacé ». Patrick a testé le théorème d’Archimède en remplaçant le fluide par la neige mouillée, il semble qu’il avait raison l’Archi !

Donc, en résumé, si t’es pas souple, ton ski, tu le raccourcis, mais si t’es lourd, tu le rallonges, alors si t’es lourd et pas souple, tu te dem….

  • Les chaussures :
    Là, il y a 2 écoles, la chaussure spécifique de rando, jaune canarie ou vert fluo, ceci afin de la retrouver facilement dans le refuge quand tu veux aller pisser dans les toilettes situées au bout de l’arête à 50 m. de ton dortoir, et puis il y a la chaussure de piste dans laquelle tu souffres le martyr à la montée avec l’espoir de t’éclater à la descente mais généralement ce sont les ampoules qui éclatent à ce moment là.

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Patrick devrait d’ailleurs sortir bientôt un ouvrage sur le sujet dont le titre est “Ski et développement durable ou comment éclairer le canton des Grisons avec ses deux pieds… enfin ce qu’il en reste”

Finalement, la bonne vieille chaussure de rando, retrouvée au fond du placard, c’est bien, mais pour les ampoules, ça laisse quand même à désirer.

  • Les accessoires (altimètre/GPS…)

Un ami à moi qui bosse dans la pub m’a dit, « si à 50 ans, tu n’as pas un GPS accroché à ta bretelle de sac à dos, tu as raté ta vie ». Ouf, je n’ai pas encore 50 ans et puis si tous les jours tu dois rentrer dans ton GPS tes points bonus pour avoir droit à un cadeau en fin de semaine, comme le pense Florence, c’est lourd…

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Point 2 : le dénivelé

Ah le dénivelé ! Que serait la rando à ski sans le “dénivelé” ? Qui n’a pas tremblé une veille de rando au moment où est annoncé le dénivelé de la course du lendemain : “Demain, un petit 1300 m….” Arrgh ! Ca y est encore une nuit de cauchemars !!!

A l’inverse, dans certains clubs plus prestigieux que le notre, on croirait que c’est le critère de vacances réussies :

  • T’as fait quoi pendant tes vacances ?
  •  9250 m. de déniv !
  •  Ouaaah, la chance !

 

Pour une reprise, il faut y aller progressivement, pour ne pas faire dérailler la machine trop vite. On ne peut rien dire, les consignes ont été respectées :

  •  1er jour : 0m, que de la descente, c’est le jour d’échauffement, on vérifie si tout va bien.
  • 2ème jour : montée 400m, descente 4200 mètres ! En s’aidant un peu du téléphérique il est vrai. Même Marie Noëlle m’a soufflé : « tu devrais venir plus souvent ».
  •  3ème jour : montée 700m avec plus du double en descente

Les jours suivant le compteur s’est stabilisé entre 1000 et 1100 m. avec chaque fois un itinéraire à la descente différent de celui de la montée ce qui est vraiment un plus.

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Point 3 : la qualité de neige

Même si toutes les plaquettes publicitaires de rando à skis montrent des skieurs “traçant dans 50 de peuf“, les habitués le savent, le ski de rando c’est bien souvent se coltiner des neiges ventées, cartonnées, trop dures, trop molles, pas assez ceci, trop celà…

Neige parfaite au Piz Daint

Neige parfaite au Piz Daint

Que dire ? Neige transformée excellente du haut jusqu’en bas, enfin si on a un peu de respect pour notre copain Archimède (cf point 1), tous les jours sauf le 5ème où on est passé, sans transition, d’une neige poudreuse à souhait à notre neige transformée habituelle, de quoi devenir difficile et exigeant après ça ! On se serait presque mis à râler le dernier jour lorsqu’au pied du Piz Palü la neige avait une tendance à ne pas être tip-top. En gros, je crois que sur ce point on peut mettre un 19/20.

Point 4 : le décor

On a beau regarder les photos et les videos des aventures oxygéniennes, se retrouver de nouveau, en vrai, au milieu des montagnes presque seuls au monde, une pente vierge devant soi, des sommets à perte de vue, ça, ça le fait.

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Sans compter que dans les Grisons, chaque secteur a sa propre ambiance, un environnement différent, on ne peut se lasser !

Point 5 : la météo

Tous les matins, on entendait « M … il fait encore beau ! », non je rigole, personne ne disait M… Du coup, la petite rando facile prévue pour le jour de mauvais temps et qui partait du gîte nous attend encore….

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Point 6 : l’encadrement des enfants

Là, on ne rigole pas, c’est du sérieux, pas question de laisser les enfants entre les mains de n’importe qui ! Ceux qui connaissent Florence savent que je pouvais partir les yeux fermés même si randonner les yeux fermés n’est vraiment conseillé que lorsqu’on a oublié ses lunettes.

Souriante, trouvant les enfants rigolos, là où une mère stressée aurait pété un câble : « Victor, tu as mis un collant alors qu’il fait 30° ! Tu vas l’enlever tout de suite ! Quoi, tu ne peux pas, tu as oublié de mettre un slip ce matin ? », eh oui, ça la fait rire la Flo.

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Ou encore : « On sort son pique-nique, Mathieu, tu n’as pas de pique-nique, pourtant tu as dit à Odile que tu l’avais préparé, t’avais la flemme ? », pas grave, on va partager ce qu’on a, Zen, la Flo…

Mais aussi : « Théo, tu devrais mettre de la crème, tu vas avoir un coup de soleil », et le soir, « tu vois, tu aurais dû mettre de la crème, tu ressemblerais moins à une écrevisse, et toi Julie, tu ferais mieux de ne plus en mettre de la crème, surtout la frelatée que ton père t’a donnée, elle te donne des cloques », elle se marre encore la Flo…

IMG_1498Et enfin :

  • Sacha, qu’est-ce que tu as dit au gentil monsieur qui t’a aidé ?
  • Danke schön, argue chnum
  • Et ça veut dire quoi ?
  • Merci de m’avoir ramassé !

Là, elle riait plus, la Flo, elle était même vachement impressionnée car Flo a tout de même 2 défauts : elle parle pas un mot d’allemand et il lui faut 3 jours pour traverser la Suisse en voiture, enfin presque…

Ceci dit, on aurait quand même pu la faire craquer quand on lui a dit « le train, avec changement, tous les jours tu prendras, et les skis des enfants tu porteras », mais c’était compter sans son sens de l’organisation, car elle nous a gentiment répondu : « le soir, à la consigne, le matériel nous laisserons, et en chaussures de ville le train nous prendrons ». Trop forte la Flo !

Fondue pour tous !

Fondue pour tous !

Mais voilà, Flo qui n’est pas surhumaine s’est pris son vendredi afin de profiter d’un petit WE avant d’entamer une nouvelle semaine d’encadrement, alors que faire ? Vous le croirez ou non, mais ils se sont mis à 2 pour la remplacer, Brigitte et Patrick, trahis par leur matériel, les genoux pour Brigitte et … tout le reste pour Patrick !

Point 7 et pas des moindres : la bouffe !

Pour être en forme, il faut une alimentation saine et équilibrée ! Cela pourrait être la nouvelle devise d’Oxygène… Qu’est-ce qu’on s’est mis !!!

A tour de rôle, des couples plus ou moins improvisés, aidés de troupes de renfort ont concocté des petits plats qui resteront dans les annales.

Affamés ?

Affamés ?

On se souviendra avec émotion des désormais traditionnelles pâtes à la carbonara de Brigitte, du poulet basquaise de Patrick, des saucisses (sans lentilles) de JP et Odile, du curry de France, des différentes soupes, des merveilleux blinis aux pommes de Jana, du risotto de Jérôme et de la tarte poire-chocolat de Marie-Noëlle qu’on remercie au passage d’avoir fait les courses et enfin la fondue, avec fils, du chef.
Une seule question demeure : « la soupe poireaux-pommes de terre, vaut mieux la faire la veille ou le jour même ? ».

Pour résumer : une grande semaine… et pas si dur. Pari gagné !

Joëlle alias Bonnemine 1

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  1. Pour celles et ceux qui auraient été forcés, dans leur plus jeune âge, de lire Tintin au Congo plutôt qu’Astérix, Bonnemine est la femme du chef dans la célèbre saga gauloise
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30 ans... de pratique du ski notamment de randonnée.
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