Par Kopf et par Joch

Cela ne date pas d’hier : Oxygène présente un tropisme assez marqué pour les hautes vallées autrichiennes du Tyrol, qui nous ont toujours bien rendu l’affection qu’on leur porte. Rien d’étonnant donc au choix de faire un raid de 6 jours dans le massif du Stubaï.

En fin connaisseur de la région, Thierry nous a concocté un vrai itinéraire « découverte » permettant de traverser les trois principales vallées du massif : Stubaïtal, Otztal et Sellraintal. Nous nous retrouvons donc la veille du départ à Neustift im Stubaï. Les conversations vont bon train pendant que nous renouons avec la gastronomie autrichienne. On se donne des nouvelles des uns et des autres, on jauge notre forme. Christophe en profite pour nous informer qu’on lui a récemment découvert un diabète de type 2 et que s’il pique du nez dans la neige, il faudra vite lui faire une piqure. Joëlle se porte immédiatement volontaire pour accomplir le geste salvateur en question. Thierry nous donne les dernières infos sur les conditions météo et sur l’enneigement. Nous comprenons assez vite qu’il faudra être matinal toute la semaine, voire très matinal pour ne pas se retrouver dans les ennuis et pouvoir profiter d’une neige correcte à la descente. C’est donc presque à l’ouverture de la télécabine de Gamsgarten que nous fixons l’heure du départ pour le lendemain.

Il y a encore foule dans la station de Stubaï Gletcher à cette saison et nous ne passons pas inaperçus avec nos gros sacs à dos. Si nous n’étions pas si pressés d’en découdre avec le Hinterer Daunkopf, nous ferions bien une ou deux descentes sur les pistes : la neige est super bonne et nous avons été obligés de prendre un forfait journée. Mais il faudra se contenter des deux pistes menant au pied d’un petit télésiège qui va nous économiser 200 m de dénivelé. La veille il ne tournait pas, on se sent chanceux.

La montée commence par une gentille pente mais très vite elle devient nettement plus raide. Allez zou : on met les skis sur le sac ! Et on laisse passer les grands devant pour qu’ils fassent des belles marches. Du sommet, la vue est imprenable sur la station et c’est sans doute pour ça qu’on est loin d’y être les seuls. Dimanche de Pâques oblige, nous posons religieusement devant la croix du sommet avant d’attaquer la descente. Heureusement, la foule des grands jours redescend vers la station et nous laisse faire de belles traces dans la vallée vers la Amberger Hütte.

Sa belle terrasse ensoleillée nous faisant de l’œil dès la moitié de la descente, nous y filons directement pour pique-niquer. C’est là que notre ami Christophe commence à tester son nouveau protocole de régulation de son insuline qui repose principalement sur une consommation maitrisée de weissbier. Les serveuses qui tournent comme des requins autour de notre table auront vite fait de le repérer. Qu’importe tant qu’on profite de la vue, du soleil…Alors que nous sommes toujours attablés en terrasse autour de notre énième consommation, deux chamois s’approchent du refuge et viennent faire le spectacle pour nous faire patienter en attendant le repas. Une serveuse aussi s’approche à nouveau… Bon ben on va reprendre une weissbier !

Le lendemain nous avons jeté notre dévolu sur la montée vers le Kuhscheibe à 3188 m, soit un peu plus de 1000 m de dénivelé. Les pentes sont plutôt débonnaires mais elles prennent vite le soleil malgré un départ matinal. Nous arrivons au sommet en toute fin de matinée. Les plus agiles filent sur la crète pour avoir une vue imprenable puis nous attaquons la descente. Après quelques bons virages sous le sommet, la neige passe par à peu près toutes ses autres mauvaises textures : croutée, lourde, les deux en même temps… On en arrive à apprécier le chemin de fond de vallée encore gelé qui nous ramène au refuge. Le ballet des serveuses, qui ont reconnu Christophe, reprend. Bon ben on va goûter au Spritz !

Pendant ce temps-là, Thierry va repérer le début de la trace du lendemain : un itinéraire peu fréquenté en direction du prochain refuge : la Westfalenhaus. Il revient plutôt confiant et nous annonce que ça passera en mettant les crampons. Puis il se ravise après s’être rendu compte qu’il a oublié les siens… Faudra bien que ça passe aussi sans crampons. Et si on reprenait une weissbier pour s’en convaincre ?

Sachant que ce n’était peut-être pas une partie de plaisir qui nous attendait, nous quittons le refuge de bonne heure, et à peine une heure après nous voilà tous crampons aux pieds, enfin presque tous, en train d’attaquer la première pente assez raide en neige dure. On comprend bien pourquoi personne n’est passé par là depuis un moment. Thierry se montre aussi agile qu’un chamois pour nous guider vers un grand replat 400 m. plus haut. Le reste de la montée vers le Längentalerjoch nous paraît presque monotone après la poussée d’adrénaline du départ mais au final on a quand même fait 1000 m de D+.

Le col passé, nous voici dans le Sellraintal et la descente nous offre une bonne surprise : encore une petite couche de poudre en haut puis ça et là de petites bandes de moquette. Qu’importe qu’il faille remettre les peaux pour 100 m : la terrasse de la Westfalenhaus est en vue ! On s’y prélassera jusqu’au repas pour profiter jusqu’au bout des derniers rayons de soleil. Vient ensuite le moment du briefing pour le lendemain. La perspective de faire une journée un peu plus cool est tentante et nous viserons donc les seulement 740 m. de D+ du Schöntalspitze en aller-retour.

Mais au matin, place à l’imprévu ! Joëlle laisse tout d’abord échapper un couteau qui se fait la malle 100 m plus bas. Thierry et Christophe ont vite fait d’aller le récupérer. Puis, la vue de trois autrichiens en perdition dans le couloir sous le sommet dont la neige a déjà trop chauffé, nous persuade de changer nos plans. Et si on faisait juste la belle croupe au dessus de nous ?

A peine le temps pour Joëlle de la baptiser Kougelhopfhöhe que nous y sommes. Pour la descente, on continue d’improviser pour ne pas recroiser nos traces de montée. Au loin, on aperçoit encore les Autrichiens qui galèrent à la descente cette fois. Comme il est encore tôt, nous choisissons de remettre les peaux en direction de Winnebachjoch à 2780 m. A part le petit coup de cul bien raide juste avant le col, la montée se fait sans difficulté en évitant d’aller chatouiller de trop près les pentes Sud.

En y voyant à peine plus tard une grosse avalanche de neige humide couper la trace de montée, on se dira que c’était prudent. La descente se fera coté Est mais y a comme un hic : faut sauter une corniche ! Thierry et Christophe se sont lancés les premiers mais derrière on hésite et on tergiverse. Finalement, Joëlle trouve un passage sous la corniche qu’Arnaud, Fred et moi-même nous avons tôt fait de suivre. Les derniers virages avant le refuge se font portable à la main pour essayer de trouver un peu de réseau histoire de jeter un œil à la météo des jours avenirs. Peine perdue… C’est finalement le gardien qui donnera à Thierry toutes les infos nécessaires pour préparer la grosse étape de la semaine : rejoindre la Franz Senn Hütte en passant par le Lüsener Ferner. Il nous déconseille l’itinéraire prévu initialement et nous conseille d’aller chercher un point de passage plus simple mais plus haut sur le glacier. 1400 m. de D+ et un peu plus de 10 km de distance nous attendent.

En guise d’échauffement, nous attaquons par un bout de descente en neige très dure parsemée de vieilles traces. C’est un vrai soulagement de mettre les peaux pour s’approcher de la première difficulté de la journée : le passage du verrou glaciaire qui s’élève face à nous comme un mur. Et c’est parti pour une bonne heure de montée en crampons où on l’on engrange vite du dénivelé.

Le reste de la montée se fait dans un paysage très « haute montagne » entouré par tout un tas de Spitze et de Kögel. Mais c’est bien le glacier qui nous offre la plus belle vue de la journée. Il s’étend à nos pieds, immaculé, sous un soleil éclatant et ne demande qu’à être traversé pour pouvoir basculer dans la vallée d’à côté. En réalité, c’est un faux plat interminable avec le vent de face qui nous attend. On prend le temps de reprendre des forces avant de basculer dans les pentes vers le refuge. Thierry, persuadé que la neige sera bonne, met un coup de fart sur tous les skis. Au final, la descente sera plus technique que plaisir dans une neige tantôt croutée tantôt molle. Parait que c’est dans cette neige qu’on progresse le plus… et qu’on se fatigue beaucoup aussi.

La journée du lendemain s’annonce plus tranquille : on aura des sacs légers et le sommet en aller-retour, du Kräulscharte ne fait que 950 m. de D+. Le temps a tourné au mauvais dans la nuit mais on voit assez clair pour s’élancer. Aux deux tiers de la montée, il commence à neiger pas mal et la visibilité en prend un coup. La descente se fera tout en ressenti comme si on avait les yeux fermés mais dans une petite couche de neige fraiche. Là encore on progresse pas mal…

Encore une dernière nuit en refuge puis ce sera le retour vers notre point de départ. Tout s’enchaine bien : il reste encore pas mal de neige sur le chemin qui descend au premier hameau d’où nous pourrons appeler un taxi. C’est à peine si nous avons dû déchausser sur 200 m. Comme l’organisation est bien rodée, arrivés à Neustift im Stubaï, il ne nous reste plus qu’à reprendre le bus qui nous remonte aux voitures. Alles ist immer perfekt im Tirol…  

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