La rando des vampires

Août 2012

Mihai nous avait prévenu : « C’est la canicule cet été en Roumanie ! ». Sans rien dire chacun repense à cette info, ce matin, en enfonçant un peu plus son bonnet et en rajustant ses gants, il doit faire à peine quelques degrés au dessus de zéro, le brouillard est à couper au couteau mais justement j’ai oublié mon couteau…C’est parti pour 3 jours de rando dans les Fagaras avec comme objectif notre 16ème « summit ».

Le Moldoveanu, point culminant de la Roumanie n’est pas difficile, il est juste loin de tout, c’est tout…mais c’est déjà pas mal. On sait qu’on est partis pour une longue journée pas facile jusqu’au refuge Podragu qui est LE refuge qui donne accès au Moldo. Nous sommes 16 dont 5 petiots entre 7 et 12 ans, ce qui impressionne au passage un groupe de français encadré par une agence de trek.

L’itinéraire est splendide, le relief étrange évoque plus l’Irlande que les Alpes mais ce sont les Carpates. Il nous faudra plus de 6 heures pour atteindre le refuge en milieu d’après midi. Innocents, Mihaï et moi allons tout de suite voir la « gardienne » avec qui nous entamons à travers le passe-plats un dialogue assez surréaliste :
– Bonjour, nous sommes le groupe de français qui avons appelé hier pour réserver…
– Vous n’avez pas pu appeler nous n’avons pas le téléphone
– ??? Vous devez vous tromper car nous avons eu quelqu’un au téléphone qui nous a dit que nous pouvions venir…donc on est là !
– Le refuge est complet, soit vous partez, il y a un autre refuge à 1h30 d’ici, soit vous dormez par terre.

A ces mots, il s’en suivit un début de mutinerie dans notre groupe qui semblait pourtant bien soudé au départ, les « qui-ont-pas-envie-de-dormir-par-terre » se sauvent vers l’autre refuge promettant de revenir dès l’aube pour « faire » le sommet, les « qui-peuvent-plus-marcher » s’installent dans l’unique salle à manger du refuge.

« dormir par terre est un bien grand mot, vous allez voir on va nous donner des matelas et puis si ça se trouve il y a des lits qui vont se libérer », expliquais je avec une confiance réelle et sincère. La suite des événements fut toute différente. Une fois le bortsch avalé par celles et ceux qui avaient le droit de manger, le cerbère qui faisait office de gardienne de refuge a donné l’ordre de ranger les tables et a distribué quelques minuscules matelas et guère plus de vieilles couvertures mitées et « débrouillez-vous » c’est tout du moins la manière dont on a traduit le beuglement qui est sorti de sa bouche.

Autant dire que la nuit fut longue et les rares qui ont réussi à dormir (à 2 par table !) ont empêché les autres, par leurs ronflement, à ne serait ce que fermer l’oeil quelques instants. Au matin, personne n’est vraiment frais et la motivation pour aller jusqu’au sommet est pas mal émoussée. Néanmoins, un petit groupe de courageux se dirige vers le sommet rejoint par celles et ceux qui sont allé dormir dans l’autre refuge.

C’est dans un brouillard épais qu’on se retrouve finalement au sommet du Moldoveanu à 2544 m.

La descente sera longue et nécessitera encore une nuit en refuge, un autre refuge, beaucoup plus cool au niveau de l’accueil, presque trop cool à certains égards…

Mais la Roumanie ne se résume pas à ce massif des Fagaras et comme on avait la chance d’avoir un guide du crû on en a profité pour sillonner ce beau et grand pays avec une population tellement accueillante…enfin sauf la gardienne du refuge.

Thierry
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