La randonnée des sortilèges

Raid à skis entre Bourg St Bernard et Arolla

De tous les temps la montagne a été associée à des phénomènes surnaturels, on en a encore eu des preuves ce week-end.

Les manifestations étranges ont commencé dès le jour du départ. Epaule bloqué pour l’un, freins de la voiture pour l’autre et même si pour ce dernier c’était un peu moins douloureux, ça nous a quand même bien retardé à tel point qu’il était quand même 3h du matin lorsque nous sommes enfin arrivé sur le parking de la station Super Saint Bernard au bout du Val d’Entremont.

Un lieu qui devrait plutôt s’appeler Misère Saint Bernard puisque cette micro station au potentiel freeride et freerando hallucinants est fermée depuis 2010, non par manque de neige, mais par manque de clientèle. Cela se traduit par un snack désaffecté, des pylônes sans câbles, un parking défoncé, un endroit assez lugubre renforcé par la proximité de l’entrée du tunnel du St Bernard et de toutes les cochonneries qui peuvent traîner aux abords d’un tunnel…même en Suisse. Ambiance Shining où on s’attend, à tout moment, à voir Jack Nicholson venir frapper à la porte du camion mais ce soir là personne n’est venu…

Lever matinal après une grande nuit de 3 bonnes heures et un départ skis aux pieds direction le Petit Vélan. Petit mais costaud puisque l’accès final se fait par un couloir à plus de 40° qui avait la bonne idée ce jour là d’être recouvert d’une croûte des moins agréables pour faire la trace. La descente sur l’autre face, raide également, constituera une excellente séance de travaux pratiques autour de la notion d’avalanche de neige mouillée, chacun s’appliquant à déclencher qui la plus grosse, qui la plus large, qui la plus rapide. Conclusion, il aurait fallu se lever plus tôt ou plutôt, dans notre cas, ne pas se coucher.

Durant cette première étape, on a constaté que déjà, il y avait quelque chose de surnaturel : le sac de vivre n° 1 de Hugues s’était transformé en sac n° 4 fichant en l’air la programmation calorique et énergétique de notre alimentation, certains ne s’en remettront pas…La cabane du Vélan où nous devions passer la nuit s’était, elle aussi, transformée en un espèce de monolithe très futuriste. La cabane aurait mystérieusement brûlé en 1993, encore plus mystérieux l’obtention d’un prix du patrimoine pour l’actuel refuge.

Après une nuit un peu plus longue que la précédente, départ pour le Mont Vélan, très beau sommet culminant à plus de 3700 m. Nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée. L’ascension à skis est coupée en son milieu par le passage du col de la Gouille et comme nous étions nombreux ça a forcément coincé au niveau de la Gouille et ça c’est jamais agréable…

Comme on doit avoir une bonne tête et qu’on avait posé un joli rappel multicolore, la moitié des randonneurs présents dans le massif a tenu à utiliser notre rappel. C’est donc avec un peu de retard qu’on a attaqué la seconde partie de l’ascension dans un paysage glaciaire qui n’est pas sans rappeler le Valais suisse ce qui est finalement assez normal puisqu’on est dans le Valais suisse. On finit quand même par atteindre le sommet à une heure raisonnable où on a servi de photographe à tous ceux qui avaient utilisé notre rappel. Si on peut faire autre chose pour vous, n’hésitez pas…

La descente du Vélan est tantôt assez plate, tantôt soutenue avec de jolies pentes ce qui n’est pas sans rappeler les grandes descentes du Valais suisse, ce qui est finalement assez normal, etc…J’aurais du faire chroniqueur sportif.

Mais cette descente du Vélan réserve une surprise : une longue remontée pour rejoindre la prochaine étape, la cabane de Valsorey. Mais bon, c’est sans doute ce qui a préservé cette cabane, encore très jolie, des ravages de l’architecte primé de la cabane du Vélan située juste en face. Ce soir là la cabane était pleine comme un œuf mais l’ambiance très sympa et la soupe bien goûteuse.

Le lendemain 2 vagues de départ, une pour les matinaux qui partent à l’assaut du Grand Combin (ça c’est déjà fait lors d’une autre week-end) et l’autre deux heures plus tard pour ceux qui comme nous ne faisons que traverser vers le refuge de Chanrion. « que traverser » est un peu réducteur car il faut tout de même s’envoyer 600 m. d’une pente bien raide et bien dure ce matin là.

Arrivé sur le plateau du couloir c’est là que l’incroyable s’est déroulé…Après avoir enlevé les peux de phoques de mes skis, l’un deux a fugué et s’est offert un plongeon dans l’abîme en sautant une belle corniche. Vu qu’à cet instant on se trouvait loin de tout et à la modeste altitude de 3600 m., sans chercher plus loin, je m’apprêtais à sortir ma radio pour appeler les secours. Mais Xavier, voulant sans doute profiter du spectacle d’un ski volant vers la vallée, se pencha sur le bord de la corniche.

« Ton ski, il est planté 20 mètres plus bas ! » Enfin, planté est un bien grand mot, il est posé comme par miracle dans une pente à 40°, pourquoi n’est il pas descendu dans la vallée ? Un remord, sans doute. C’est encordé par mes camarades, que je descend dans la pente, sans respirer, jusqu’à me trouver à moins d’un mètre de l’objet convoité et tel le renard bondissant sur un mulot, je saute sur mon ski.

On peut alors repartir sereinement jusqu’à la cabane de Chanrion où nous passerons la nuit.

Le lendemain direction le Pigne d’Arolla mais malheureusement la météo s’embrouille, la visibilité devient médiocre. Si bien que en arrivant au col du même nom, il manque Xavier. On attend un peu, puis un peu plus et enfin je me décide à partir à sa rencontre. Je le retrouve 300 mètres plus bas visiblement perturbé par un mal inconnu, encore un autre sortilège…

Son état m’incite à déclencher un secours avec notre radio. Un peu plus tard un hélico vient à notre rencontre et l’embarque direction l’hôpital de Sion pour un exorcisme en règle. Je remonte au col et retrouve mes deux camarades congelés mais vivement. Ensuite comme ni le GPS, ni le téléphone ne veut nous aider c’est à la boussole, comme au bon vieux temps, qu’on rejoint la cabane des Dix qui est en train de fermer pour la saison et les échelles du Pas de Chèvre pour rejoindre Arolla.

Je saute dans un train direction Martigny puis me met à faire du stop pour retrouver mon camion. Une charmante suissesse après m’avoir prévenu qu’elle ne pouvait me déposer que quelques kilomètres plus loin finit par me déposer devant mon camion. Ouf ! Quelle journée ! J’ouvre le véhicule, me change mais, nouveau sortilège, au moment de démarrer, plus de clés !

Je cherche partout dedans, dehors, dans les poches, dans le sac. Le cinéma dure une bonne demie heure. En fait, un troll des montagnes les avait glissé dans un recoin sous un siège.

Après avoir récupéré les copains et mis des gousses d’ail sur le tableau de bord pour chasser les mauvais sorts, on a enfin pu rentrer chez nous.

Thierry
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