Skier en Nouvelle Zélande : une ineptie ?

Alors qu’on parle tous les jours du réchauffement climatique, des rejets de CO2 liés aux transports, faire tout le tour de la Terre pour aller skier en Nouvelle Zélande relève carrément de la provocation…oui mais quand c’est pour un regroupement familial le temps de l’été, on a le droit ? Non ? Et bien, tant pis, on va planter des arbres le restant de nos jours…

Comme bon nombre de touristes, nous avons mis le pied sur cette terre du bout du Monde en atterrissant à Auckland, au nord de l’île du Nord, après 40 h. de vol. Juste le temps de comprendre que, ici, on roule à gauche, que c’est le cœur de l’hiver bien qu’on soit le 14 juillet, que dans le Nord il fait doux alors que dans le Sud ça caille…mais heureusement le soleil se lève bien à l’Est ! On va découvrir un peu plus tard, qu’il y a bien d’autres automatismes à déconstruire, quand on met le pied sur Aotearoa, « le pays du long nuage blanc » comme l’appelle les Māoris .

La superficie de la Nouvelle Zélande c’est à peine la moitié de celle de la France, on pourrait croire naïvement qu’on va pouvoir rebondir d’un bord à l’autre du pays en fonction de la météo et des prévisions de chutes de neige comme on peut le faire dans les Alpes. Mais c’est oublier un peu trop vite que, le pays est tout en longueur, et s’étale sur plus de 2000 km. La NZ est formée principalement de deux îles, séparées par un détroit d’une trentaine de kilomètres. Dernier point important : les routes bien que magnifiques sont sinueuses à un point qu’on a du mal à imaginer.

Une rare portion de ligne droite 🙂

Les premiers jours sont mis à profit pour découvrir les incroyables paysages de la péninsule de Coromandel façonnés par l’océan Pacifique. En longeant la côte, au plus près de la route, un ban de dauphins nous offre un show à faire déprimer tous les gérants de delphinariums du monde.

« Cathedral Cave » , Te Whanganui-A-Hei

Mais le ski dans tout ça ? L’île du Nord est peu montagneuse, seuls deux volcans, le Ruapehu au centre de l’île et le Taranaki sur la côte ouest atteignent des altitudes suffisantes pour que la neige puisse tenir durant les trois mois que dure l’hiver austral.

Ca tombe bien. ce matin on est en vue du Ruapehu et il fait grand beau ! Deux petites stations de ski sont installées sur les flancs de ce volcan, Whakapapa à l’ouest et Tūroa au sud. Ces deux stations sont parmi les plus grandes de Nouvelle Zélande et pourtant au standard européen elles apparaîtraient bien petites et bien chères : 75 € la journée pour 3 ou 4 télésièges et quelques T-bars pour à peine 700 m. de dénivelé !

Les contreforts du Ruapehu

C’est donc peaux de phoques sous les skis et à bonne distance de la seule piste ouverte, qu’on se faufile au milieu des coulées de laves vieilles d’à peine une dizaine d’années. L’enneigement est assez faible (c’est le début de saison), la « neige » a la consistance du carrelage, par contre le panorama est juste incroyable.

On s’arrêtera après avoir atteint le petit refuge du New Zealand Alpine Club, le sommet n’est plus guère que 700 mètres plus haut mais en zone glaciaire et la neige est très « bizarre ». Une neige qui est visiblement tombée avec des vents extrêmement violents, sur laquelle il a dû pleuvoir puis regelé très fort. On découvrira dans les semaines qui suivent que c’est une neige « normale » pour la Nouvelle Zélande.

ski volcanique

On s’apprête à re-descendre en mode survie mais on découvre très vite qu’en choisissant les pentes bien orientées nord, la neige s’est transformée en une moquette 5 étoiles. Ben oui, les pentes nord c’est comme les pentes sud chez nous, il faut s’y faire.

Moquette made in NZ

Notre manque d’habitude de skier sur des volcans nous causent quelques soucis d’itinéraire car suivre les coulées de lave n’amènent pas forcément où on souhaite. Mais quelques pas d’escalade dans les scories nous permettent de retrouver notre van.

Escalade dans les scories

Étrange station d’ailleurs, avec guère de points commun avec nos stations alpines. Ca ressemble plus à un centre commercial paumé en pleine Nature, sans hébergement, à part quelques refuges privés. Le soir venu tout le monde redescend dans la vallée et la montagne retrouve son calme.

On aperçoit quelques pistes au pied du volcan

Après cette mise en bouche surprenante mais au final très agréable, on met le cap sur l’île du Sud, là où se trouvent les vraies montagnes et normalement mieux enneigées car c’est plus au sud, vous suivez ?

L’île du sud est beaucoup moins peuplée que celle du nord et le paysage est encore plus incroyable…et les routes encore plus sinueuses. Après avoir longé la côte ouest où les plages incroyables nous feraient presque oublier qu’on a du matos de ski dans le coffre du van, on franchi l’Arthur’s Pass qui donne accès au Canterbury. C’est une région montagneuse située au nord ouest de Christchurch et dont les montagnes sont parsemées de tout un chapelet de stations minuscules. Elles sont généralement équipées d’un ou deux téléskis ou fils neige, parfois un télésiège mais pour des dénivelés ne dépassant pas 400 m.

Oui mais il y a des montagnes, visiblement enneigées on va donc pouvoir skier puisqu’on a tout le matos de ski de rando. Oui..mais non. Car il y a deux petits problèmes : les routes « publiques » dépassent rarement les 600 ou 700 mètres d’altitude et l’enneigement continu et skiable est au delà de 1400 ou 1500 m. et entre les deux il y a le « bush ». C’est une forêt primaire magnifique mais quasiment impénétrable. Les rares endroits où il n’y a pas ce problème de forêts, ce sont de longues vallées couvertes de lande qu’il faudrait remonter sur des kilomètres pour atteindre la neige. Pas simple….

Montagnes inaccessibles…

La seule solution est donc de rejoindre les « ski fields », ces petites « stations » perchées en altitude mais c’est là que se pose le second problème : cela ne peut se faire qu’en empruntant une piste accessible uniquement en 4×4, ou bien en navette tous terrains lorsqu’il y en a, ou alors en stop les jours d’affluence (c’est un bien grand mot !), c’est à dire les week-end, car ici tous les skieurs sont obligés d’avoir un 4×4.

Piste d’accès à Trebble Cone

On tentera bien de monter avec notre van de location, un « camion » de plus de sept mètres de long, large comme un bus et poussif comme un camion poubelle. Les tentatives se solderont par de longues marches arrières ou des demi-tours scabreux.

Mais à force de persévérance et d’errance on se retrouve au bord du lac Tekapo, un endroit hallucinant d’où part une longue piste de 40 km vers la petite station de Roundhill. Là, on va skier ! La prudence nous incite à prendre un ticket pour la navette 9 places qui nous emmène à petite allure vers le bout de la piste tout là-haut à Roundhill.

Sur la piste de Roundhill

Mais à notre arrivée, on déchante très vite :
« Sorry guys, the backcountry is close today »
De quoi ? Qu’est ce qu’il dit le chef de la Ski Patrol ? Ca fait 2 jours qu’on attend que les conditions deviennent un peu plus propices au ski de rando. On a laissé passé une tempête, on a ensuite attendu que la piste (privée) qui monte aux Roundhill skifields ré-ouvre, ben oui la « gate » au bas du chemin était carrément fermée. Et aujourd’hui, alors qu’il fait grand beau et que, à vue de nez, le risque d’avalanche est à 2, le gars veut nous empêcher de mettre nos peaux de phoque sous nos skis. C’est du délire…

A la question « Alors, où peut on aller ? », le « chef » nous répond « où vous voulez, mais pas chez moi, les Alpes néo zélandaises sont immenses. Ici, c’est un terrain privé, vous êtes sous ma responsabilité. S’il vous arrive quelque chose, c’est moi et mes gars qui doivent vous rechercher, donc c’est « Non ! ».

Alors, en bon français que nous sommes, on abdique…et on redescend un bon kilomètre le long de la piste en terre qui nous a permis d’arriver jusqu’ici et dès qu’on n’est plus en vue de la cabane de la ski patrol…on met les peaux et on s’enfile discrètement dans une petite vallée. On ne fera pas du très grand ski ce jour là mais on profitera d’une vue incroyable sur une grande partie des Southern Alps, qui culminent à 3724 m. au Mont Aoraki, rebaptisé Mt Cook par les premiers explorateurs blanc.

Il y a pire comme endroit pour randonner !

Il est d’ailleurs possible de skier autour du Mont Aoraki mais là ça ne rigole plus, la plupart des itinéraires sont glaciaires, très longs et nécessitent de partir plusieurs jours. Il y a bien des refuges mais ils ne sont pas gardés, il n’y a pas de couverture et la plupart du temps pas de poêle pour éviter de congeler. De plus, ici comme ailleurs, on retrouve le problème de l’accès. On tentera une reconnaissance, à pieds, vers la Mueller Hut qui se trouve au bout d’un des rares chemins tracés dans ce massif. Le terme chemin n’est pas très approprié puisqu’il s’agit en fait d’un escalier gigantesque (2600 marches !) aménagé à travers le bush : excellent pour les cuisseaux !

L’Aoraki (3724 m.)

On continue notre route vers le sud pour atteindre une des villes les plus connues des touristes : Queenstown. En matière de sport, on peut pratiquement tout faire à Queenstown…si on a de l’argent, et on peut faire la fête aussi, on en connait qui ont testé.

Il y a plusieurs stations à proximité de la ville, la plus intéressante est sans doute The Remarkables. Pas bien grande (quelques télésièges sur un seul versant) mais situé dans un décor très alpin. Et puis, un détail qui a pour nous son importance, une route praticable et goudronnée sur la majeure partie pour nous permettre de l’atteindre. sans trop de problèmes.

Queenstown

Après un passage prudent et discipliné par le bureau de la Ski Patrol on partira en rando explorer le secteur avec la bénédiction du staf : « You can go everywhere you want, enjoy, but take care« . On préfère quand on nous parle comme ça…

Au milieu, l’objectif du jour : le couloir entre Single Cone et Double Cone

Ce qui frappe dès qu’on s’éloigne du domaine skiable, c’est la raideur des pentes. Partis pour tenter l’ascension du Single Cone, LE sommet emblématique du coin, on buttera au pied d’une étroiture qui doit bien dépasser les 40°. On brasse dans une neige profonde travaillée par le vent, la visibilité a tendance à se réduire considérablement, on n’ira pas plus haut. La descente ne restera pas gravée dans les mémoires pour la beauté de ses virages mais on a fait une chouette virée tout de même…sans être obligé de se cacher. Ca progresse !

Temps bien maussade pour un mois de juillet

Comme on est têtus, nous sommes revenu quelques jours plus tard, par une journée de grand beau temps (pas si fréquent en NZ !) pour skier deux belles pentes qu’on avait repérées. Et là, c’est le bonheur, les dénivelés ne sont pas monstrueux mais la neige est top et la vue démente et bien sûr toujours personne en ski de rando.

Queenstown et le lac Wakatipu

Ensuite on quittera Queenstown la bruyante, pour rejoindre un peu plus au nord, Wanaka la paisible, située également au bord d’un lac extraordinaire surmonté par des montagnes…inaccessibles bien sûr. Mais à quelques kilomètres de Wanaka, se trouve Treble Cone, une toute petite station (deux télésièges) dont on avait entendu parler pour ses possibilités en terme de freeride.

Wanaka lake

Il fait grand beau, il a neigé plein pot hier, la navette pour grimper là-haut est gratuite, on se laisse donc tenter par un forfait 1/2 journée à « seulement » 105 $, ça fait quand même 60 € !!

On est tout de suite agréablement surpris par la qualité de la neige, une neige bien froide et légère, on commençait à douter de l’existence de la peuf de ce côté-ci de la Terre. Très vite on quitte la piste pour aller tester ces fameux couloirs qui font la réputation de l’endroit. Ce qui surprend c’est que le moindre couloir porte un nom Mine Shaft, Drop Off, Payback, etc… et que ce nom figure sur un panneau situé au sommet avec une mention « OPEN » ou « CLOSED », un concept auquel on n’est pas vraiment habitué.

Motatapu Bassin et ses couloirs

Mais le secteur qui a l’air d’offrir les descentes les plus « challenging » se trouve en bordure du domaine et porte le doux nom de Motatapu Bassin. Là on n’est pas déçu, certes tout est tracé ou presque, mais il y a de la pente ! Bizarrement, tous ces (superbes) itinéraires arrivent bien plus bas que le départ du télésiège, ce qui n’a absolument pas l’air de gêner les locaux qui se font allègrement 20 minute de remontée à pieds pour chaque descente et qui ont l’air surpris de nous voir mettre les peaux.

Dernière descente au dessus de Wanaka

La demie journée passe très vite et les pisteurs de la ski patrol passent en haut de tous les itinéraires hors piste basculer les panneaux de « OPEN » à « CLOSED » sous nos regards étonnés. Tout le monde reprend place dans les navettes et la montagne retrouve son calme. Du très beau ski pour un 12 Août !

Pour nous, ce sera notre dernière journée ski du voyage, car il y a encore tant de choses à découvrir dans ces îles incroyables. Sur le chemin du retour, dans l’île du Nord, on ne pourra s’empêcher un repérage au Taranaki, un volcan au cône parfait qui domine la côte ouest du haut de ses 2500 m. d’altitude. L’ascension dure normalement 2 jours avec un long portage depuis le pied de la montagne à travers une forêt primaire. La partie finale, assez raide nécessite l’utilisation de crampons..que nous n’avons pas emmenés.

Le Taranaki et sa face « skiable »

Mais heureusement, nous ne sommes pas venus en NZ uniquement pour skier. Les paysages sont incroyables. Que ce soit l’île du Nord avec son relief volcanique qui offre un paysage de collines tordues dans tous les sens, ses côtes qui n’en finissent pas de se découper, ses forêts extraordinaires, ou bien l’île du Sud coupée en deux, dans le sens de la longueur, par la chaîne des Southern Alps, et puis ses côtes avec cette faune marine extraordinaire, tous ces paysages sont si uniques qu’on ne sait plus où donner de la tête.

Otaries de Kaikoura

Effectivement aller en Nouvelle Zélande pour skier relève de l’ineptie mais y aller durant l’hiver austral sans prendre des skis aurait été dommage. Mais skier en NZ, est loin d’être simple, on vous donne d’ailleurs quelques tuyaux au bas de cette page.
Allez, on vous laisse, on a des arbres à planter…

Dans les forêts kiwis, les fougères font plusieurs mètres de haut !

LE SKI EN NZ

La saison de ski va de juin à septembre. Pour le ski de rando, le mois de septembre semble être le plus propice. La qualité de la neige est extrêmement variable, d’un jour à l’autre, d’un endroit à l’autre. Les très grandes variations de température (dégel et regel), les pentes souvent raides, rendent couteaux et crampons obligatoires pour se sortir de toutes les situations. On a croisé très peu de skieurs de randonnée.
A moins de partir en autonomie sur plusieurs jours avec des sacs énormes, le départ depuis les « ski fields », les stations de skis, est quasiment obligatoire. Il y en a une vingtaine réparties sur tout le territoire, elles ont toutes un site internet mis à jour quotidiennement et la plupart disposent de navettes pour y accéder.

Treble Cone (Wanaka)
Une des stations les plus intéressantes de NZ

Y ALLER

Par rapport à la France, la Nouvelle Zélande est exactement aux antipodes, c’est donc loin, très loin… Il y a des vols réguliers avec escale, selon les compagnies, dans les émirats ou en Chine. Faire un stop d’une journée pour récupérer n’est pas un luxe. En 2019, les prix variaient entre 900 et 1200 €, il faut parfois s’acquitter d’un surplus de bagages pour les skis.

SE DEPLACER, SE LOGER, SE NOURRIR

La solution la plus pratique et la plus économique est de louer un camping car. Il y a de nombreuses agences qui proposent du petit deux places au gros 6 places. Il faudra apprendre à rouler à gauche, à céder le passage sur les « single lane bridge » et à ne passer la nuit que dans les endroits autorisés, mais quelle liberté !
Il y a une appli indispensable pour trouver tous les endroits où passer la nuit : https://www.campermate.co.nz/

CARTOGRAPHIE

Il y a bien sûr la cartographie officielle néo-zélandaise ( https://www.linz.govt.nz/land/maps/topographic-maps ) en numérique ou en papier (Topo50 au 1/50 000ème mais….
Openstreetmap, dans sa version topomap, comme souvent est beaucoup plus précise.
ATTENTION : La déclinaison magnétique (différence entre le Nord carte et le Nord indiqué par la boussole) est de 20°. Donc si vous utilisez une boussole il faut impérativement en tenir compte.

TROUVER DES INFOS

Il y a encore peu d’infos sur le ski en NZ dans les sites communautaires que sont Camp To Camp ou Skitour mais il y a quand même quelques infos à glaner.
Le site http://skitouring.co.nz/ recense des sorties sur l’ensemble de la NZ mais ce sont souvent des sorties « costaud » nécessitant portage, bivouac, voire hélico. Pour la météo il y a une appli MetService mais les prévisions météo en NZ sont assez peu fiables.

Thierry
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