Nom de code … K2.

Sept heure, le réveil sonne. Enfin le jour J est arrivé.

Je reprends du service, heureux de passer à l’action après tant d’années à tourner en rond …  

Surtout j’ai hâte de revoir mon contact, que j’ai réussi à infiltrer en grand secret et non sans beaucoup de mal, depuis déjà un bout de temps dans le groupe Oxygène …

Ça m’a permis de prendre une certaine distance, de les infiltrer que de temps en temps, pour éloigner le moindre soupçon par rapport à mes agissements souterrains …

Je ne l’ai plus revu depuis. Je suis impatient, mais je dois rester discret pour ne pas le démasquer, pour qu’il reste opérationnel pour la suite.

Des flashes me revient … Sölden, … Ötztal, … Gaisbergferner, …  

Surtout Rotmoosjoch …

Mon Dieu, que c’était dur ! …

C’est gens-là sont des grandes malades ! C’est sur l’immense combe sous le Kirchen Kogel à 3050 mètres d’altitude, à moitié englouti dans la neige dans un froid de canard, où j’ai compris que pour les espionner, faire de la rando avec eux n’était pas la bonne solution. Trop dur pour moi !

Et ça malgré le stage d’entraînement secret qu’on subit tous les ans avec les autres agents, une semaine en immersion totale dans la forêt des Carpates au tant redouté centre de formation, connu par les initiés sous le nom de code « Baiser de Dracula ».

D’autres images bousculent mon esprit … Obergurgl, … Trinkerkogel, … Heuflerkogel, …

Il faut dire que mes supérieurs ne sont pas des commodes, c’est le moins que l’on puisse dire. Et leurs supérieurs à eux, cantonnés encore plus à l’est, le sont encore moins ! Il parait même que parfois les prénoms de celui qu’on ne doit pas prononcer le nom, Vladimir, Vladimirovitch, hantent les couloirs de l’agence, amenant avec eux un vent de panique sibérien dans le dos de tout un chacun.

Un jour je vais peut-être tomber nez au nez avec … Brrr ! Je ne veux même pas y penser !

Incapable donc de suivre Oxygène en ski de randonnée, j’ai dû proposer vite à mes gentils caporal-chef une solution d’échange.  L’infinie taïga de Sibérie en T-shirt-baskets avec un coupe ongles et deux pommes dans les poches et surtout un tigre à ses trousses, ne m’attirant pas outre mesure …

Je me suis donc dit que si je pouvais infiltrer de façon définitive un de mes propres agents, une taupe quoi, dans le groupe …

… Hohe Mut, … Hochgurl, … Liebenerspitze, … Merde ! Ça revient !

Je commence à charger la voiture pour me calmer et penser à autre chose …

Trajet aller sur l’autoroute, tranquille. … RAS. … Bavardage avec Seb sur tout et rien.

Arrivé à destination je reconnais l’endroit de mes débuts d’il y a six ans, jour pour jour. C’est comme si c’était hier. Edelweiss, la rue des billets, le parking, le bâtiment … rien n’a bougé.

Une fois dans l’appartement de Sophie, une bouffée de nostalgie, vite réprimée, me traverse : la moustache de Robert, le RouletteChat de Brigitte et Xavier, la salade de fruits de Marie-Noëlle, les toilettes de Thierry, les statines du grand Maitre Jedi de la Force anti-cholestérol …

J’essaie de contenir mes émotions, pas du tout dignes d’un vrai OSS. Heureusement personne en vue pour percevoir mon moment de lamentable faiblesse …

Je suis là pour soi-disant skier, mais je dois en fait totalement me focaliser à nouveau sur ma mission souterraine. Faire un rapport précis de l’état de l’association Oxygène et son évolution après mon premier contact d’il y a tout juste 6 ans.

Effectifs, projets, moyens, enthousiasme, cohésion, motivation, condition physique, sécurité, moral et surtout humeur. Bonne ou mauvaise ? That is the question !

Avant les élections de l’année prochaine ou tout va se jouer sur des petits détails, tout devient important. Une association qui va mal et hop ! … celui qu’on ne doit pas prononcer le nom va tout de suite profiter et tirer les ficelles en coulisse sur le DarkNet et … boom !, on risque de se retrouver avec notre petit Trump à la française pour cinq années de pur bonheur … et, qui sait, peut-être plus si affinités !

Brrr ! Gardons notre sang-froid et l’espoir.

Premier jour de ski.

Les consignes sont strictes et claires. Silence radio sur les pistes et les télésièges ! C’est trop dangereux d’essayer de communiquer. Le risque d’être démasqués est trop grand.

Chacun s’occupe donc de son côté.

Pas grand-chose à noter : Deux têtes en l’air ont oublié leur DVA et une s’avère être roumaine.

J’essaie de retrouver mes sensations, ma glisse et ma vitesse d’avant mais j’ai du mal. Les balles d’Oxygène sifflent à mes oreilles dans tous les sens, à gauche, à droite, en me rappelant que j’ai changé de braquet. Finies les balades à bobo avec mes collègues ou j’ouvrais toujours le chemin loin devant …

Une partie du groupe…l’autre est coincée sur le télésiège 🙁

Le soir tout le monde est autour de la table. « Iel » aussi.

Oui, vous avez bien compris : « Iel ». A l’agence on nous apprend de s’adapter le plus vite à l’évolution de la société, bonne ou mauvaise. Dans notre métier, si on dit « lui aussi » ou « elle aussi » on peut donner vite et sans se rendre vraiment compte, des indices et faciliter ainsi certains premiers rapprochements …

J’essaie de croiser quand même son regard, mais pas trop, pour éviter les soupçons …

Je le (la) croise enfin tout seul (le) dans le couloir et je ne peux pas résister à l’interpeler tout de suite, contrairement à toute règle minimum de prudence. 

Heureusement, par reflexe je reste discret et professionnel. Un petit mouvement des cils qui dans notre langage codé signifie : alors, … t’as de renseignements ?

Iel me répond avec un léger mouvement de l’épaule gauche pour me signifier que le message concerne la case « enthousiasme ».

  • Quoi ? Un Pakacham en 2018 ?
  • Quoi ? Je n’ai pas bien compris … une courroie d’alternateur !?
  • Courroie d’alternateur ?, … Pakacham ? Que-est ce que tu me racontes là ? Je pige que dalle !?
  • Ah bon !? … Courroie d’alternateur comme sacrifice aux dieux de la Neige pour assurer aux fidèles d’Oxygène qui pratiquent le Pakacham, fête traditionnelle dont l’origine reste incertaine, les plus belles lignes possibles sur les pentes de Chamonix dans le week-end Pascal !?
  • Hhmm … là, je comprends mieux … pas mal … autre chose ?
Apparition…

Jeff déboule dans le couloir avec sa panoplie de farts et autres limes plates diamantées. J’ai tout juste le temps de feindre la réfection de mon lacet. Il passe sans nous prêter guère attention et sans remarquer que j’étais en fait en pantoufles. Ouf, cette fois on a échappé belle, mais il faut redoubler de vigilance.

Je laisse tomber l’écriture inclusive et je commute sur le nom de code. Concentrons-nous sur l’essentiel et oublions les « conneries ».

K2 a saisi l’affolement qui tout à coup m’habitait et a choisi de s’éloigner discrètement sans attendre. Ça, c’est un vrai agent, expérimenté et rompu à l’action !

Quelques minutes plus tard, je sors mon gâteau roumain (excellent ! Note du traducteur), pour faire diversion et reprendre mes esprits.

J’ai encore du mal à réintégrer le contexte, je plane encore comme hypnotisé. Dubitchou, …  roulé à la main sous les aisselles, … Preskovitch, … mon esprit est comme paralysé, … je comprends rien.

Les émotions de tout à l’heure ont été, certes, trop fortes, mais, tout à coup, je les trouve un peu bizarres mes amis. Tu leurs apportes un gâteau au pommes et ils te demandent si tu veux te suicider en te faisant exploser au gaz ?! Va comprendre ?!

Plus tard dans la soirée …

Trois tapes légères avec l’index de la main gauche sur le cadre de la porte suivies par deux grattements invisibles avec le pouce.  Traduction : parlons oseille !

K2 répond au tac au tac dans un langage morse presque parfait :

Mon index commence à tapoter le bois de façon inaudible presque pour tout humain.

  • Où ? En Helvétie ! Ça va alors. Ils ont les moyens.
  • Bah, pas vraiment. Depuis que le taux plancher du Franc Suisse a été supprimé par le frère du Michael Jordan, président de la Banque Nationale Suisse, les voilà à s’entasser dans des bétaillères insalubres, manger de la soupe périmée en sachet et se laisser dériver de parkings interdits en campings obligatoires.
  • Ah, je vois … Frère de Michael Jordan !? T’es sur !?
  • Ils ont ramené quand même un Emmental de la vallée du Diemtigtal, une Tomme Vaudoise de Solalex et un Berner Alpkäse made in Gsteig.
  • Alors, ça va quand même …
  • On peut le dire … et si on pense que pendant tout ce temps-là les helvètes bossaient comme des malades, nos « pauvres » français s’en sortait pas si mal que ça avec leur 3 fromages et leur 3 fameuses RTT, espèce de passe-passe que le pays des argenteux ne va pourtant jamais connaitre.
Liberté, liberté.

Je note discrètement les dernières infos, avant de passer le sel à Cyrille et de m’éloigner. Derrière le gazouillement imperceptible recommence de plus belle, me collant à nouveau sur place, oreille en alerte maximum pour filtrer le bruit de fond des bouteilles de bières ou vin qui passaient de mains en mains.

  • Attention ! Ils ont perdu leur trésorier ! Ben a pris la poudre d’escampette pour une destination lointaine et inconnue. Comme Thierry est fâché avec les chiffres, l’avenir financier de l’association s’annonce incertain … surtout qu’apparemment ils vont devoir planter des arbres le restant de leurs jours pour payer le péché capital, COP26 incompatible, d’avoir craché des tonnes de CO2 pour aller skier le volcan Ruapehu en pays Māoris en Nouvelle Zélande.

Le vacarme devient insurmontable. Cécile imite l’accent auvergnat, Joëlle se lance dans une résurrection de Poly, le poney shetland, Mélanie sort le fameux Allo Patricia de Bénureau …

Je décide d’arrêter les hostilités pour l’instant. Ça devient trop compliqué. De toute façon la tartiflette de Cyrille me déstabilise. Elle est trop bonne. Pas moyen de rester concentré plus de 30 secondes. Je coupe donc la liaison :

  • OK, merci. « Roger ! »
Le téléphone donne l’échelle du plat

Pleine nuit …

 Autour de moi tout le monde dort. Mon lit est trop loin du mur qui me sépare de l’endroit ou K2 a pris ses aises de l’autre côté dans l’appartement principal. Je récupère mon bâton de ski télescopique que j’ai prévu sous le lit pour essayer d’entrer en contact. Je dois le régler au maximum et même comme ça il passe juste à 10 cm de la moustache de mon voisin dans le lit à côté. Je dois m’employer, bien concentré et bien éveillé, pour commencer ma transmission sans le réveiller.

  • Hello, are you sleeping ?
  • Not yet. I was waiting for your call.

Morse en anglais. On n’est jamais trop prudent.

Dans la réponse j’aperçois un léger accent qui me fait légèrement sourire. Accent je dirais un peu roumain.

Je sais, … langage Morse en anglais avec accent roumain …

Mais, … sais pas,  … c’est difficile à expliquer, … en tout cas je reconnais son style, et surtout sa patte …

Mon voisin, dans le lit à coté, se retourne et tout à coup fige mon bras pour quelques longues secondes. Heureusement il recommence, assez vite, son faible ronflement.

  • C’est bon. Vas-y !
  • Sinon, ils ont confirmé leur virage vers l’international. Un deuxième breton a été converti aux pneus neiges et suis désormais religieusement les traces dans la peuf des manitous d’Oxygène. Ils ont été bien acceptes dans le groupe et ça malgré le fait qu’on attend toujours le compte rendu de la sortie rando au Tyrol en 2019.
  • Ils ont apporté par contre une dérive nationaliste dangereuse depuis, qui fait pencher l’association dans l’inconnu et dans le risque politique.
  • Ah bon ? Quoi, comment ?

Mon voisin se réveille à moitié avec un sursaut violent en percutant mon bâton. Il se lance de suite dans une logorrhée incompréhensible ou seuls les mots bière et pinard j’arrive à décoder.

Je me fige à nouveau avec le bâton soulevé comme pour frapper. Le crachotement verbal continue bien des minutes. Mon bras fatigué commence à trembler légèrement. Et maintenant, je fais quoi moi ?  J’arrête là, avec le risque de rentrer sans tous les renseignements, ou …

A la guerre comme à la guerre ! Je frappe un coup sec … à la sauce Les Bronzé font du ski !

Je crois entendre un dernier « file-moi une Leffe stp » et après tout devient paix et long silence.

Je suis surpris et à la fois fier de moi. Je suis plutôt un gentil de nature, je ne me sentais pas capable d’un pareil geste. Mais bon, les raisons d’état supérieures … oui, je sais, … j’essaie de me justifier, … mais à la fin c’était qu’une simple caresse pour lisser ses rêveries, plus ou moins alcoolisées.  

  • Continue! C’est bon. Je crois qu’on aura la paix au moins un quart d’heure.
  • Alors comme je disais … on assiste à une dérive politique. Ils plantent des Gwenn ha Dus dans tout le Tyrol. Les autrichiens se posent déjà des questions. Je me demande quelles sont leurs vraies intentions ? Le ski de randonnée ou la préparation de l’invasion du Tyrol ?
  • Dur à dire. Suis-les attentivement et tiens-moi au courant les années à venir. Note éventuellement les endroits qui ont été déjà marqués. Repose-toi maintenant. En tout cas, bravo, bon boulot. A demain.
Activistes bretons hissant le « Gwenn ha du » sur un sommet autrichien, on a déclaré des guerres pour moins que ça.

Deuxième jour de ski.

Je prends les commandes et je vais personnellement à la chasse aux renseignements. Sur les pistes je m’intéresse plutôt au côté sécurité. Je coche discrètement les cases qui m’intéressent.

  • Sac, pelles, sonde à câble pour tout le monde – Ok, (sauf le roumain, mais ça c’est normal – il est roumain.)
  • DVA vérifié sur chaque participant – Ok,
  • Vérification de l’environnement hors-piste en visuel et en cartes randonnées – Ok,
  • Analyse de la qualité de la neige sur couches successives – Ok,
  • Départ en hors-piste en deux groupes suffisamment distancées – Ok,
  • Le moniteur part premier et les autres un par un – Ok,

Au fur et à mesure que la journée avance je coche toutes les cases. C’est un magnifique sans-fautes ou presque. J’ai un léger doute coté serre-fil dans la descente en forêt. Thierry prend son pied à tel point qu’il oublie souvent le bonhomme de neige du troisième sapin à gauche après le départ.  

A vérifier quand même, la prochaine fois.

Tout à coup Joëlle a comme un malaise. Cécile dit qu’elle est prise par des hallucinations. Elle croit entendre au talkie-walkie un beau jeune homme lui proposer un rendez-vous le soir même accompagné d’un joli bouquet de roses et d’une bouteille de Champagne Nicolas Feuillatte Réserve Exclusive Brut – Magnum.

Et si c’était vrai ? Et si c’était Cécile qui se trompait ?

En tout cas, je note que Thierry reste particulièrement pensif.

Bon, cela ne nous regarde pas.

Revenu à mes petites affaires je trouve que globalement ça a été une bonne journée. Je suis content. J’avance bien.

Par contre, je vous dis pas, la grosse frayeur ! A un moment donné, pendant le pique-nique, j’ai eu, tout à coup, comme la sensation que j’ai été démasqué. Vraiment, pour quelques minutes j’étais en plein flottement, comme glacé. Tout le groupe me tournait le dos signe que certainement quelque chose n’allait pas. Je me suis dit Merde ! C’est fini – bonjour la Sibérie !

Messe en plein air

Après le premier choc, comme rien ne se passait, j’ai repris lentement mes esprits et je me suis dit que c’était peut-être juste une façon diplomate et délicate de me faire comprendre que je dois arrêter les gâteaux roumains les week-ends première neige. Ça suffit !

Si c’était que ça … bof, un peu gênant, mais la mission peut continuer. C’est l’essentiel.

Le soir, sur le canapé, un gai attroupement admire incrédule et impressionné la bosse de mon voisin de chambre qui lui, se demande comment tout ça lui est arrivé ? Il ne se rappelait pas d’être tombé ?!

Tout en élevant la voix, je m’adresse à Mélanie pour lui étaler mes vastes connaissances concernant le moustique tigre et sa piqure fortement allergisante. Il me semblait d’ailleurs avoir vu un hier soir dans notre chambre.

Heureusement pour moi, on passe vite à autre chose. Les pâtes à la carbonara de Sophie mettent tout le monde d’accord : la belle bosse de mon voisin on s’en fout allègrement et complètement.

Orgie !

Ventre explosé par trois rafales successives d’assiettes bien garnies, j’ai du mal à me reconcentrer. Pas loin mon compère, commence-lui aussi à « desserrer la ceinture ». Il faut dire que lui il s’est complétement lâché sur le fromage, ingurgitant même la croute et nettoyant la plus petite miette.

On se met difficilement et sans enthousiasme au boulot. Nos doigts, fatigués par la fourchette, ont du mal à reprendre le bon rythme. Beaucoup de brouillage de fond.

–      Alors, autre chose ? La condition physique, la technique ?

–      Fletschorn, 3984 m en juillet 2018, ça te va ?  Ils sont partis, couteaux entre les dents sous le blizzard. Ils ont dû sortir les cordes, les baudriers et les autres couteaux, svp ! Mais si ça ne te suffit pas, alors voilà, ils ont biffé, la même année en juin, aussi le Weissmies, 4023 m, dans la vallée de Saas Fee. En face les 4000 d’encore Saas-Fee, le Mont Rose et le Cervin (Fake News ! personne n’a encore escaladé le Cervin à Oxygène – Note du traducteur).

Sortie « Initiation »
  • Pas mal ! Suis impressionné ! Ils n’ont pas vraiment baissé de régime. Sinon, il parait que quand même ils ne skient plus sous la pluie dans les Vosges, comme fut un certain temps ?
  • C’est plutôt vrai. Maintenant ils le font en mars à Chamonix. D’ailleurs, des bergers sur le col des Dards racontent qu’on les a entendus « sous la pluie comme vache qui pisse » chanter « I’m skiing in the rain, what a glorious feeling, I’m happy again ! »

La digestion commence à concentrer tout mon sang autour de l’endroit où ça se passe et à vider petit à petit ma cervelle. La concentration est de plus en plus difficile. Je lance un dernier jeton :

  • Sinon, le must, les raids ?
  • Ils ont baissé un peu. Ils sont passé du « raid à ski en Helvétie » à Wildstrubel à « raid à skis cool en Helvétie » à Wildstrubel. Ça veut dire qu’ils sont passé d’une dénivelée de 1500 m/jour à 1000 m/jour. Mais pas pour des raisons de condition physique. Pas du tout ! Il devient un peu « bobos ». Ils cherchent désormais plutôt des « raids à skis gastronomiques« .  Surtout Jeff qui est le plus gourmand de tous. Il parait qu’il a déjà toutes les bonnes adresses en Haute Maurienne.
  • Allez, on arrête ! Tu veux pas une autre assiette de pâtes, moi je m’en serve une petite dernière. Elles sont si bonnes ! Pendant que j’y pense … pauvre Fred, il doit maigrir pour ses 50 ans. Sophie d’un côté avec sa cuisine, Thierry de l’autre avec ses raids. Qui va gagner ? Moi, j’ai ma petite idée …

Troisième jour.

Il faut impérativement boucler notre affaire avant le départ au ski. A la fin de la journée chacun partira en vitesse de son côté vers ses horizons.

Je charge déjà ma voiture pour prendre de l’avance. Mélanie fait sortir Kiki pour sa promenade matinale. Les plus courageux serrent déjà leurs chaussures et se préparent à sortir du local à ski. Je saute à mon tour dans la mêlée et quelques minutes plus tard je commence à tapoter, dans un limpide anglais-morse, accent roumain s’il vous plait, mes Salomon Shift Pro 130 At Black Orange taille 26.5.

  • On n’a plus beaucoup de temps. Il faut se concentrer que sur l’essentiel. Effectif combien ?
  • 75. Plus précisément 74 et demi ?
  • 74 et demi ? Comment ça ?
  • Mais tu disais pas que tu comptes pour un demi-skieur chez Oxygène ?
  • Vraiment drôle ! Tu sais, ton humour pourrait vite t’envoyer à Vladivostok, toi ! Continue à faire le malin !
  • Donc 75. Pas mal, pas mal. Ça a baissé un peu, mais quand on va se débarrasser de cette cochonnerie de Covid 19, suis sûr qu’on dépassera à nouveau la centaine.
  • Autre chose ?
  • Bon, ben, … quelques plans foireux avec les lunettes pleines de Buet, dans la vallée de Chamonix, … des courants d’air dans les couloirs, …de la freerando en Maurienne, … un 1800 dans l’interminable vallon de Bérard, … premières pistes dans le Pitztal et bien évidemment, le Beaufortain ! Il parait que c’est bon pour le teint ! Le Beaufortain …c’est bon pour le teint ! La routine, quoi !    …   Sinon, il parait que Thierry maitrise enfin le génitif saxon et que Tonton Daniel pousse à fond ses formations sur la recherche de victimes d’avalanche. Désormais à la place d’un DVA, il cache plutôt son KODAK sous la neige. Du coup, ça devient beaucoup plus difficile de retrouver « la victime ».
  • Bon, moi j’ai fini. Toi, t’as quelque chose à ajouter ? Quelque chose que j’ai peut-être oublié ?
  • Oui, je voulais t’entretenir concernant le moral et la bonne humeur des troupes.
  • Là c’est certainement plus la peine ! Les trois jours que j’ai passé avec la bande me suffisent largement pour me faire moi-même une opinion sur la question. J’ai fait, bien évidemment, une copie des tous les tickets de courses que Thierry centralise pour nous envoyer « la douloureuse ». Etant donné le nombre des bouteilles diverses et variées qui y figurent, le moral devrait être que bon, très bon, voir exceptionnel.  En tout cas, avec des gars comme ça, notre Éric Z n’a aucune chance d’être élu président un jour, à moins que celui qu’on doit pas prononcer le nom l’aide avec des vraies chars d’assaut. Bon, ben … ça m’a fait vraiment plaisir de te revoir. Tu sais, t’as beaucoup grandi ? Et encore une fois – Bravo, bon boulot !
  • Merci, ça fait plaisir d’être apprécié et reconnu. On se revoit à Clavière ?
  • Qui sait ? Peut-être. Tu sais, les R OSS sont par définition insaisissables et imprévisibles.

La journée s’achève doucement. Le soleil fatigué lance ses dernières forces pour embraser quelques sapins sur la crête.

Le Logo de l’association Oxygène passe laissant derrière sur la neige une auréole fluo orange dynastar-chamanico-chamonique.

C’est la dernière image que je garde des pistes de ce week-end première neige au Grand Massif. Les espions aussi ont droit à leur moment de paix et poésie.

Trajet retour.

Heureusement Seb, fatigué lui aussi, est plongés dans ses pensées et j’ai le loisir de réfléchir un peu à la situation.

Les flashs recommencent :  … Ötztal, …  stimmungsmusik, … Ötztaler Alpenscooter, …

Echtes Musikverband mit Kristian, Dietrich und Onkel Daniel

… mélangés cette fois aux souvenirs, un peu amers, concernant mon premier essai, avorté celui-là, d’infiltration d’un premier de mes agents dans l’association Oxygène :

… Life, … Du flair, … et des traces !, …

N’empêche, je suis un peu inquiet pour la suite. Est-ce que ma taupe sera découverte un jour ? J’ai comme un inquiétant pressentiment …

Ça sera la catastrophe, et pour moi la fin d’un cycle heureux et pénard en pays lorrain. Certainement après, la porte sera grande ouverte au permafrost sibérien et ses mammouths gelés.

Je dois vite détruire toutes mes notes et surtout me débarrasser de cette coquetterie idiote qui consiste à ajouter le nom du contact sur chaque de mes fiches.

Un jour, chez Oxygène, quelqu’un y fera fatalement le rapprochement :

K2,   … K 2, … 2 K,   … 2 Ki,   

et le voilà … démasqué notre …

KiKi.

Dan alias R OSS 217 (R OSS – Romanian Office of Strategic Services).

PS. Chère Brigitte, on pense à toi très fort ! On t’embrasse.

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7 réponses

  1. -Une petite erreur qui pourrait coûter cher dans le milieu de l’espionnage : un encarté du groupe oxygène a déjà escaladé le Cervin par l’arête du Hörnli.
    -Ce soi-disant skiclubO2 n’est qu’un nid d’espions.

  2. Bravo à l’agent Dan pour son rapport.
    L’agent sylvain du departement 56 que je suis confirme le virage a l’internationnal de Oxygene et qu’en effet des bretons sont «  convertis aux pneux neiges » ( mais en utilisent rarement …savent pas conduire sur route glissante !! ) . les agents bretons confirment avoir été tres bien recus par l’equipe d’O2 jusqu’à faire chambrée commune avec Daniel !
    Ton rapport motive les troupes et donne en effet très envie aux bretons de rempiler dans une mission nouvelle avecO2 d’autant que le covid les a tenus éloignés du « theatre des opérations » et l’envie est la !
    L’envie de faire flotter le « gwenn ha du » sur de nouvelles cimes revient ( est-elle seulement deja partie ! ) et pour repondre a ta question , les vraies intentions des agents bretons pourraient bien etre la récidive ! (Incertaine cependant en 2022)
    Le gwenn ha du a eté vu la derniere fois au sommet du Roterkogel si mes notes sont bonnes et l’agent « Christian du departement 22 » a su conserver la discrétion necessaire a sa mission en masquant son visage derrière ses skis … ! Bravo a lui.
    Je souhaite aussi apporter un complément d’information.
    le rapport sur la mission en tyrol a bien été rédigé ( certes avec un an de retard ….en plein confinement ) .. des soucis de transmission on pu vous faire méconnaitre le contenu …voici un lien codé que tout bon agent pourra lire (https://www.association-oxygene.eu/un-peu-doxygene-pour-oxygene/) et qui vous permettra de reprendre connaissance du rapport redigé conjointement par votre serviteur et le très méritant agent « christian du departement 22 » .
    je confirme également ton rapport : j’ai en effet assisté en direct au moment ou daniel a planqué sonKodak dans la neige, si mes notes sont bonnes au Kreuzjoch ….par contre je n’etais pas, mais pas du tout, le lendemain ….quand Thierry et Daniel qui (apres la course du jour )sont remontés presto au sommet de la veille recuperer l’objet …je ne joue pas dans cette categorie moi ! Je suis un agent de base !
    J’adresse mon grand salut et mes sinceres vœux à tous les membres de l’agence Oxygene
    Agent sylvain du departement 56

    1. K2 voilà le message :
      « Les sanglots longs des violons de l’automne, blessent mon cœur d’une langueur monotone. »
      Je répète :
      « Les sanglots longs des violons de l’automne, blessent mon cœur d’une langueur monotone. »

      Il faut que tu le transmets avant le coucher du soleil en toute discrétion à un de nos deux nouveaux contacts en Bretagne. Nom de code C 22 respectivement S 56. Ils sauront le décoder et faire bon usage.
      En fait, c’est juste une première approche pour établir une liaison codée. La première mission qu’on va leur confier c’est tout simplement de transmettre à toute l’équipe d’Oxygène nos meilleurs vœux pour l’année 2022 !

      K2 et ROSS 217

  3. Krzzz… Krrrzz…. KrzzO2k2
    La ligne est peut-être un peu trop cryptée, non ? Ca a dû mal à passer.

    J’ouvre un VPN, passe par un jeu de serveurs proxy subtilement répartis sur la planète et me voici cher agent ROSS 217. Ici C22 alias « la spatule » (en référence à la photo prise sur ce sommet autrichien).
    Tel le lanceur d’alerte, le hacker masqué, le trafiquant d’armes, etc. je vous rejoins enfin via le darknet en tout anonymat d’un point du globe que seul le Maître de notre organisation connaît.

    Pas évident de circuler sans laisser de traces mais bon c’est le métier !

    L’agent S56 et moi-même sommes sortis des radars le temps de nous faire oublier. Mais méfions-nous de l’eau qui dort, il se pourrait bien en effet qu’on reprenne du service dès l’apparition du signal convenu.
    Et là, bombardes et bignous feront le ménage (sans silencieux). Ca va décoiffer. Préparez vos équipements de protection individuels sans lesquels adieu tympans, marteaux, enclumes, étriers et cochlées.
    Tout ça ne sera plus qu’une bouillie de sarrasin façon kig ha farz.

    Je confirme les propos de S56 sur la rédaction tardive mais réelle du CR Mission Tyrol. Vu nos agendas hyper-chargés, il aura fallu le grand confinement #1 pour réussir enfin à le rédiger.
    Un effet positif insuffisamment mentionné du confinement.

    Mais je sens déjà des tentatives d’intrusion et il est grand temps de libérer la ligne avant qu’on nous casse les clés de cyptage. J’aime pas ça, qu’on nous les casse.

    Et voici nos bons voeux en codage léger :
    Bloavez Mad 2022 ! (que mon code d’agent soit intégré à ces voeux de bonne année n’est pas une piste à suivre pour me localiser)

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